
Interview par Anne-Cécile L.
Crédit Photos: Manu Brulé
Jeudi soir, sur le parvis du Quartz, sous une fine pluie, entre Yo! Pékin son « docu-fiction-film d’action-film de vacances » et Le Club son « teen-movie mais avec des octogénaires et un marin chippendale joueur de didgeridoo », j’ai rencontré Estéban aka David Boring – acteur, réalisateur, scénariste, membre du jury du 32ème Festival Européen du Film Court de Brest et chanteur des Naive New Beaters, entre autres – pour lui poser quelques questions.
Michael, David Boring, Estéban… Je ne sais pas trop comment je dois t’appeler ce soir, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?
Estéban: Je m’appelle Estéban, j’ai soixante-huit ans et demi, je suis acteur et puis parfois réalisateur. Je suis jury du Festival et je suis hyper content même si j’ai séché le premier jour!
Tu es arrivé hier soir, tu as rattrapé ton retard dès ce matin, non ?
Estéban: Ouais, je me suis levé et BAM! Direct on a enchainé! Je trouve ça assez cool parce que la salle est complètement ouf! C’est assez rare de mettre des films dans des salles de 1200 personnes donc c’est génial. Et c’est cool parce qu’il y a plein de scolaires, enfin en tout cas ce matin, c’est toujours bonne ambiance. C’est assez drôle de mater des films avec eux. C’est un peu comme quand tu en mates avec des grand-mères : ils commentent tout, ils sont genre « Oh ! Eh ! Là, elle exagère ! », « Naaan! » Ils t’expliquent les films aussi, parce que, souvent, avec les courts métrages, on ne comprend pas grand chose et là… Là, on a un regard qui t’explique.
Et comment es-tu devenu jury du festival ?
Estéban: Ben, en fait, je ne sais pas! Souvent, on me demande d’être jury, je dis oui et ensuite je réalise que j’ai plein d’autres trucs à faire en même temps et je dis « Bon, j’vais encore être jury mais, en fait, j’peux pas venir demain désolé! » Et voilà on s’arrange un peu comme ça.

Je te connais beaucoup plus en tant que chanteur des Naive New Beaters puisque je vous suis depuis 2009 mais j’ai vu plusieurs de tes films dont People Are Strange de Julien Hallard et Décibels de Léo Verrier. Il me semble que tu as fait tes premiers pas au cinéma sous la direction de ton papa, dans les années 80. On te retrouve de manière récurrente depuis 2011 dans des films. Qu’est-ce qui t’a donné envie de « revenir en tant qu’acteur » ?
Estéban: Ah yeah!! C’est vrai, j’ai tourné avec lui, il y a longtemps.
Et ben c’est vrai que j’avais le groupe et même dans le groupe j’avais commencé à faire pas mal de vidéos. J’ai toujours bien aimé qu’on se mette en scène, pour moi c’est un peu une même démarche. Je me suis toujours vachement impliqué dans les clips qu’on faisait, j’en ai réalisé plusieurs. C’était un truc qui me faisait kiffer de toute façon. Et j’étais copain avec une fille qui jouait dans Arnaud Fleurent-Didier, Milo McMullen, elle m’a mis sur le casting de La Vie Parisienne, qui était le premier court métrage que j’ai fait et qui a bien marché. Du coup on m’a rappelé et j’ai continué…
J’en reviens à Estéban, David Boring… Ces pseudonymes c’est une nécessité de ta part de compartimenter tes différentes « facettes » ?
Estéban: Ah oui, oui! Vraiment! Je me disais « Ouais je sépare comme ça si je fais de l’argent avec le cinéma et bah mes potes, ils ne vont pas me dire « Eh mais David Boring ça appartient aux Naive New Beaters, tu nous dois de l’argent ! » Donc, tu vois, j’ai préféré bien différencier. Et puis aussi, ça me faisait chier parce que David Boring et les Naive c’est tout un truc, c’est déjà un pseudo donc ça me saoulait d’employer le même parce que ça donnait trop d’éléments du passé, d’un truc… Et ça ne te permet pas d’être perso…
Comme on le disait tout à l’heure, ton père est réalisateur, j’imagine que ça a eu une influence sur toi. Au delà de ça, quel rapport entretiens-tu avec le cinéma ? Tu es un cinéphile invétéré ?
Estéban: Nan, je ne vais pas dire que je suis un cinéphile invétéré mais j’ai grandi là-dedans. Au delà d’être un cinéphile invétéré, je suis plus quelqu’un qui a été éduqué avec une certaine forme de cinoche, je n’ai pas du tout fait d’études là-dedans, ni rien. J’ai fait des études de business en fait, parce que mon père m’a toujours dit « Fais d’abord le business, t’auras tout le temps après mais si tu n’as pas de business tu vas te faire enculer par tes producteurs! » donc je l’ai toujours écouté. Si tu veux, ca a toujours été un peu lui mon prof, depuis que je suis bébé. Il me lit des trucs, je lui donne mon avis, on écrit ensemble. J’ai maté plein de films avec lui. Je ne me considère pas trop comme un cinéphile mais plus comme… Le cinéma je l’ai vécu en fait, j’étais sur les tournages quand j’étais petit. Ca fait partie un peu de moi j’ai l’impression, que je le veuille ou non.

J’ai toujours quelques questions un peu random, alors on commence…
C’est toi qui l’as dit « David Boring c’est David Bowie en plus chiant»: quel est le film le plus chiant que tu aies vu ?
Estéban: Le film le plus chiant de la terre entière ?! Mais vraiment ! Un film que je me suis tapé en me disant « Putain pourquoi on m’a fait mater ce truc ? » En plus c’est un film qu’on m’a recommandé! Je faisais des mini-ciné-clubs chez moi avec ma copine, on invitait tous les dimanches quelqu’un… Ah putain ! Il s’appelle… Wine and …? C’est un film ricain, un peu indé, sur deux vieux potes qui partent un peu dans les vignes tester des vins et c’est vraiment… Mais c’est horrible! C’est une mini comédie romantique trop nulle. J’ai jamais vu un film aussi chiant ! Putain il faut que je te retrouve le nom à tout prix !
Je chercherai!
Et le groupe/l’album le plus chiant?
Estéban: En musique, il y a toujours du fun. Et même dans un film chiant en fait! Tu le mates quand même et au pire si ça devient vraiment chiant, limite c’est drôle. Tu vois, récemment je suis allé voir Le Petit Spirou je trouvais ça vraiment nul mais, au final, j’ai quand même vachement ri parce que c’était nul! Et puis j’avais des mamies derrière moi qui faisaient comme les étudiants : elles commentaient tout! En fait, j’ai passé un des meilleurs moment de ciné alors que j’ai vu un film que je trouvais vraiment naze. Et, finalement, j’aime bien le film parce qu’il m’a fait passer un bon moment.
Quelles sont tes plus grosses influences musicales?
Estéban: La plus grosse, je crois, vraiment, c’est Queen. Enfin influence dans le sens où il y a des trucs que j’ai vraiment saigné grave, genre Greatest Hits II. J‘avais le CD et je l’ai racheté trois fois parce qu’il était pété. Les disques que j’ai acheté plein de fois c’est celui-là de Queen, l’album The Carnival de Wyclef Jean aussi, c’est son premier album solo après les Fugees… Et Harvest de Neil Young, c’est vrai que je ne m’en rappelais plus mais je l’ai aussi racheté trois fois et beaucoup saigné. Donc au final c’est peut-être ce qui m’a le plus influencé.
Et Michael Jackson aussi!
Et les Guns N’ Roses!
Quels sont les derniers films qui t’ont marqué ?
Estéban: Au cinéma, le dernier film que j’ai kiffé c’est Mademoiselle de Park Chan-Wook, celui qui avait fait Old Boy. Déjà Old Boy c’était un de mes films préf’ mais Mademoiselle est vraiment chanmé !
Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Estéban: En ce moment, j’écoute beaucoup une chanteuse qui s’appelle Cherry Glazerr, qui est un peu un revival grunge, une petite meuf. C’est vachement bien! J’écoute aussi Rat Boy, c’est un anglais qui fait un truc de slacker qui est très pro. Ah! Et beaucoup Skizzy Mars, qui est un rapper new yorkais, un peu romantique.
Dans People Are Strange tu accompagnes Julien, qui se prend pour le sosie de Jim Morrison des Doors, son idole. Moi, si je devais en choisir une ce serait Iggy Pop, je crois. Est-ce que tu as, toi aussi, des sortes d’ « idoles » ?
Estéban: Nan, pas trop en fait… Bah petit, j’avais un peu Bob Marley et Michael Jackson comme je t’ai dit, mais nan… Il y a des gens que j’admire et tout, genre Freddy Mercury, il me fait kiffer mais ce n’est pas mon idole. J’aime pas trop ça.
Ok! Question difficile: Musique ou Cinéma ?
Estéban: Je ne choisi pas ! J’essaie de m’en sortir dans les deux, de faire des trucs qui me plaisent dans les deux.
Pour en revenir au festival, j’imagine que tu as vu quasiment tous les films de la programmation, est-ce tu as déjà eu des coups de cœur ?
Estéban: Ouais ! Le premier film qu’on a vu ce matin. Ca s’appelle Into the Blue, je crois…
Tu es sur tous les fronts : musiciens, scénariste, chroniqueur, acteur, réalisateur, tu as déjà associé tes deux passions, la musique et le cinéma, en créant des bandes originales par exemple ?
Estéban: Nan, on avait testé mais… Dans notre film Yo! Pékin, il y a pas mal de titres Naive New Beaters. En fait, pas mal de chansons du groupe ont été mis dans des films, j’avoue qu’à chaque fois que j’en fais un, j’essaie de caser un Naive New Beaters. Dans Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu il y a un morceau, dans Nos Futurs réalisé par Rémi Bezançon aussi. Là, par exemple, pour la bande-son de mon dernier film j’ai travaillé avec Yuksek mais pas avec le groupe.
Il te reste une journée de festival il me semble, tu enchaines avec un concert samedi soir avec les Naive… Tu as d’autres projets?
Estéban: Ouais ! On est en concert samedi soir à Saint-Jacut-les-Pins !
Je ne sais pas où c’est mais le nom vend du rêve en tout cas !
Estéban: C’est près de Vannes ! Ca vend grave du rêve ! Sinon, il y a des projets en cours, mais rien de très précis, j’écris un long métrage et peut-être une série que je vais faire. Je verrais, mais bon c’est du projet !
Le film boring dans les vignes, c’est Sideways d’Alexander Payne (2004), il me semble.
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Grreat blog I enjoyed reading
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nices!! 92The Inspector Cluzo @ Soup Kitchen
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