Louise Attaque

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Interview par Anne-Cécile L.
Crédit Photos: Nicolas Ollier


Mercredi soir, un peu plus d’un mois après la sortie de leur nouvel album, j’avais rendez-vous avec Arnaud Samuel, Gaëtan Roussel et Robin Feix alias Louise Attaque juste avant leur concert à l’Avel Vor…

 

J’attendais impatiemment de vous voir ici, « à la maison », pour la première fois… Vous êtes contents de jouer en Bretagne ce soir ?
Gaëtan: Oui bien sûr, en plus c’est notre première date de la tournée en Bretagne. On y est attaché parce qu’au delà du fait que les gens avec qui on travaillait à l’époque – il y a dix ans et même au tout début – étaient bretons; les bars, les cafés et les salles bretonnes ont été les premiers endroits où on a pu jouer! Donc on est attaché à la Bretagne entre autres pour cela !

Vous voilà de retour sur scène ensemble, après environ dix ans d’absence, comment se passe ce début de tournée ?
Gaëtan: Très bien ! 
Arnaud: On ne savait pas à quoi s’attendre en revenant sur scène… On savait que les places s’étaient vendues très vite donc qu’il y avait une certaine attente, tout ça… On en avait conscience mais comment allaient se dérouler les concerts, comment allait se passer l’échange avec le public, on ne le savait pas vraiment. Et là ce qu’on rencontre c’est beaucoup de bienveillance, beaucoup de volonté de partager, de chanter des chansons… Tout ça c’est un engouement qui est très précieux et qu’on retrouve chaque soir en ce moment !

Et compte tenu des événements qui se sont passé, est-ce que vous avez envisagé la tournée différemment ?
Arnaud: Pas vraiment, on a évidemment tous été touchés par ce qu’il s’est passé d’autant plus qu’on est proches de Paris, qu’on a même des relations qui ont été touchées directement ou indirectement… Evidemment, ça nous affecte énormément, c’était même un traumatisme mais on continue de proposer ce qu’on a à proposer. C’est la meilleure façon d’aller de l’avant. Ca n’a pas affecté nos décisions ni de tournée, ni des salles dans lesquelles on allait se produire, etc.

Anomalie est sorti le mois dernier, vous aviez chacun participé à différents projets depuis A Plus Tard Crocodile, comment vous avez travaillé pour ce nouvel album:  de façon collective ou plutôt « chacun de votre côté » dans un premier temps ?
Gaëtan: On a travaillé comme on a pu le faire sur le premier album. On n’avait pas de nostalgie aucune mais comme ça faisait longtemps qu’on n’avait pas travaillé ensemble, on s’est posé des questions… Plutôt que de se mettre derrière nos instruments tout de suite, on s’est mis autour d’une table. D’ailleurs, on s’est mis autour d’une table au départ à quatre, ce qui est l’architecture initiale et originelle du groupe et puis on s’est aperçus après plusieurs discussions qu’on ne regardait pas dans la même direction… C’est assez banal, c’est l’histoire des relations humaines. Du coup, nous ne sommes plus que trois et dans les propositions de projets, déjà à quatre, il y avait plusieurs idées… Il y avait par exemple de faire des concerts mais de passer avant par l’étape disque, de ne pas aller directement au concert. La scène était importante pour nous, mais faire un disque d’abord l’était encore plus et aussi de changer d’entourage, d’avancer, de voir comment on pouvait travailler avec d’autres gens… C’est ce qu’on a fait puisqu’on a changé de manager, on a changé de tourneur. On a changé beaucoup de choses. On avait une idée de porte d’entrée de comment travailler le disque quand on allait se mettre à composer. Elle était d’essayer de retrouver celle qu’on pouvait avoir eu sur le premier album, qui était en fait de se retrouver Robin et moi d’abord… A l’époque, on jouait tous les deux, on échangeait nos idées et ce qu’on arrivait à travailler ensemble on le proposait, à Alex et à Arnaud, et ça devenait une chanson de Louise Attaque. On a fait pareil, mais en ne rebondissant qu’avec Arnaud. Du coup, chaque fois qu’on est allés dans des endroits différents, puisqu’on a eu la chance de pouvoir aller à droite, à gauche sans que ça soit des studios d’enregistrement, c’était plutôt des studios de répétition, ou une maison… On s’installait avec un petit ordi, qui ressemble au tiens, on commençait Robin et moi et puis on rebondissait après avec Arnaud. C’est comme ça qu’on a avancé petit à petit jusqu’à ce qu’on mette dans la boucle un producteur. Le producteur c’était important. On en a toujours eu un, on a toujours rencontré des gens en fait sur nos disques. On avait rencontré le chanteur des Violent Femmes, Gordon Gano qui était plus pour Robin et moi un idole… On a travaillé avec lui et son acolyte sur deux albums, on a rencontré Mark Plati sur le troisième et puis là on a rencontré Oliver Som qui est un jeune anglais. Donc voilà, la manière d’avancer elle a été autour de la table, derrière nos instruments, au contact de personnes et d’endroits et au contact d’Oliver Som.

Et justement, concernant ces différentes expériences – en solo ou dans d’autres groupes – vous ont-elles influencées ou est-ce que vous avez essayé de « les mettre de côté » pour revenir à ce que vous faisiez avec Louise il y a quelques années ?
Gaëtan: On a essayé de revenir avec qui on est aujourd’hui, donc qui on est aujourd’hui a forcément changé depuis dix ans puisqu’on a fait différentes choses et que tout ça tu ne peux pas le laisser à la porte du studio… Ca fait parti de la manière dont on travaille aujourd’hui. Après il y a quelque chose qui nous rattrape et qui ressemble à ce qu’on était au début: c’est comment on peut jouer ensemble et d’ailleurs ça nous fait plaisir ça, de le retrouver. Ca peut être un peu effrayant parce que les choses peuvent se ressembler tout le temps, à toi de les emmener ailleurs une fois qu’elles sont écrites… La première fois qu’on a joué avec Robin on s’était dit « C’est exactement comme avant ! » C’est rassurant, mais effrayant. Le côté rassurant on l’a prit tout de suite, mais le côté effrayant, on a essayé d’en faire quelque chose en emmenant les choses ailleurs, au contact d’Oliver (Som) par exemple et puis en insistant quand on ne trouvait pas tout de suite. C’est des manières d’avancer, de travailler.
Robin: Et puis tu sais, nous on est plutôt autodidactes, alors tout ce qu’on peut apprendre sur le tas c’est ce qui fait notre âme de musicien. On ne peut pas s’en défaire, c’est du savoir pour nous en fait tout simplement. Par exemple, en vieillissant, on joue mieux…

Johan (Dalgaard) et Nicolas (Musset) se sont « greffés » au groupe originel pour le live, ça a entrainé des changements dans votre façon de travailler?
Gaëtan: Ca nous a changé un petit peu, parce que d’une part être cinq ce n’est pas pareil qu’être quatre. Au delà de ça, c’est forcément deux personnes qui ne sont pas investies au départ dans l’écriture… Mais on est tombés sur des personnes qui sont très généreuses. On a essayé de l’être aussi, du coup on a l’impression que le mélange se fait bien et que finalement ça ne se ressent pas, comme on essaie de ne pas s’accompagner mais de vraiment jouer les uns avec les autres, de s’entrelacer, de s’entremêler… Ca fonctionne avec eux. Du coup, c’était assez simple d’être à la fois proche de ce que le dernier album exprime et puis aussi d’être proche de ce que le premier exprime par exemple. On n’a pas cherché à ce que les chansons du premier album ressemblent obligatoirement au dernier, à intégrer obligatoirement Johan qui fait des claviers dedans pour qu’il ait quelque chose à raconter. Il raconte autre chose et quand il ne joue pas ça raconte aussi autre chose. Ca a été assez simple en fait. Ce qui aurait pu être assez compliqué pour nous, d’être un quatuor tronqué et d’avoir l’impression qu’il y a une ligne avant et une ligne arrière et dont on arrivera pas à se défaire… On est accompagnés mais ça n’est pas vraiment le cas. Et d’ailleurs ce que les gens nous renvoient, on a l’impression que ce n’est pas le cas. C’est ce qu’on défend et on l’assume en tout cas.

Est-ce que vous avez ressenti une attente/pression particulière de la part de votre public lors de l’enregistrement d’Anomalie ? 
Arnaud: On l’a ressenti, au fait que les places se soient vendues très vites. Mais on ne fait pas de la musique pour les gens dans un premier temps, on la fait pour nous et on essaie de créer l’osmose avec les deux autres musiciens qu’on a pris avec nous. Tout ça c’est du travail artistique, musical, qui est indépendant du public.
Gaëtan: On a toujours envie que notre musique résonne, donc ça c’était vrai au début je pense, enfin on avait l’impression que personne ne nous posait la question.
Arnaud: C’est un moteur pour travailler ça c’est sûr, en se disant « Il faut que ce qu’on veut travailler soit bien », par exemple juxtaposer les anciens morceaux et les nouveaux, faire le choix de les garder un peu dans leur son authentique chacun de son côté et non pas d’essayer de brasser tous les sons, tout ça c’est des choses qui ont été très intéressantes dans le travail de répétition et évidemment c’est au bout du compte qu’on proposait quelque chose qui nous ressemble aujourd’hui et dont on puisse être fier de proposer au public. Donc il y a une pression indirecte, ça c’est vrai.

Comment vous définiriez votre musique en quelques mots?
Gaëtan: On espère qu’elle est spontanée.
Arnaud: Jetée. Comme jetée sur un papier rapidement.
Robin: Ca peut être très travaillé dans un second temps, mais dans un premier temps il y a vraiment très peu de réflexion, tu vois sur le genre par exemple. On n’en parle jamais.

Personnellement je trouve qu’il n’y a pas eu, depuis les années 2000, énormément de groupes qui ont autant marqué le Rock Français que vous et les groupes qui jouaient dans les années 80/90. D’ailleurs plusieurs de ces groupes reviennent sur le devant de la scène en ce moment, comment vous percevez ça? C’est un hasard selon vous ?
Gaëtan: Moi je vais être ravi d’aller applaudir les Insus et les Innocents, entre autres.
Robin: Du fait qu’on en fasse partie, on n’en a aucune idée… Au début moi je disais « C’est forcément un hasard », et puis en même temps, maintenant, je me dis que peut-être qu’il y a un coup de projecteur sur les années 90… Enfin en tout cas du fait qu’on soit dedans, on n’a aucune réponse.
Gaëtan: En plus, Téléphone c’est avant 90, les Innocents aussi. Je ne sais pas, est-ce qu’il y a cinq ans il n’y avait pas autant de groupes qui revenaient ?
Robin: Il y a eu plein de petits groupes de pop mais des gros groupes… Peut-être qu’il y a un manque de gros groupes ?!

Vous avez fait appel à Jef Aérosol pour l’artwork de votre album, en plus de la mythique Louise de Robin, quelle place vous accordez à l’image dans votre univers?
Gaëtan: L’image elle est née en même temps que le nom et en même temps que la musique, donc en fait elle fait partie intégrante de ce qu’on propose. Quand Robin a dessiné la Louise c’est en même temps que notre musique, en même temps que le nom… Le travail de Robin, il est de savoir comment ça avance, comment ça évolue… Et là par exemple, l’envie d’incarner plus notre musique à travers le fait qu’on nous voit, ce qui n’était jamais arrivé, est arrivé… Comment faire ? A travers le pochoir, Robin a proposé Jef Aérosol, donc du coup nous on apparaît d’une certaine manière, qui est à côté de la manière de travailler de Robin. Sur la pochette tu l’as vu, il y a des personnages pochés et un personnage dessiné… Tout ça c’est une manière de continuer à avancer,  le visuel ce n’est pas qu’on y pense c’est qu’il est partie intégrante depuis le début du travail. Les premières cassettes qu’on a envoyé à des gens à qui on avait envie de demander des concerts ou de travailler avec nous, par exemple Gordon Gano, c’était déjà avec la petite Louise, c’est Louise qui parlait pour nous, qui nous présentait. Tu vois c’est pas devant, c’est pas derrière, c’est à l’intérieur.

Et dans la réalisation de vos clips, est-ce que vous êtes aussi investis dans les choix artistiques: dans le choix des réalisateurs par exemple, ou en prenant part à l’écriture du scénario?
Robin: Non, pas tant que ça… Là, il n’y a pas une grande cohérence en fait, ça a été différent à chaque fois.
Gaëtan: La cohérence dans les clips, elle est dans le fait qu’on ne travaille pas qu’avec une seule personne, c’est à l’opposé du graphisme en fait, ça n’est pas à l’intérieur mais à l’extérieur, ça n’est jamais pareil.
Robin: C’est arrivé qu’on prenne part dans l’écriture, mais quand c’était plutôt de l’animation… Sur le clip de La Plume par exemple, où c’était des petits bouchons qui dansaient, là on prenait part.

Quels sont vos goûts en matière de cinéma?
Arnaud: Récemment on s’est mis d’accord sur un film: Mustang de Deniz Gamze Ergüven. C’est un film qui nous a plu à tous les trois, on se retrouve sur la photo, sur le propos, sur pas mal de choses…
Gaëtan: On aime le cinéma de Kaurismäki aussi par exemple, des frères Cohen mais après on est heureux de voir OSS117 !

Moi, Moche et Méchant ?!
Gaëtan: Ouais, Moi, Moche et Méchant bien sûr, c’est génial ! Vice-Versa tu l’as vu ? J’ai bien aimé, le scénario est bien !

Et niveau musique, qu’est-ce que Louise écoute en ce moment ?
Gaëtan: Moi j’écoute le nouveau Christophe au compte-gouttes, parce qu’il le donne au compte-gouttes!
Arnaud: The Seasons !
Robin: Y en a plein, c’est très large… On pourrait faire une liste de ce qu’on écoute ensemble avant de monter sur scène, mais elle serait archi-longue !

Mon blog s’appelle DYWD en référence à la chanson issue de Ginger de Gaëtan, que j’ai de tatouée sur les pieds… J’admire énormément votre travail, je vous admire énormément et j’ai ce que j’appelle « boite à héros », dont vous faites parti… Quels sont les héros des Louise ? Ou du moins les personnes qui vous ont marqué/influencé ?
Tous les 3: Damon Albarn!!
Gaëtan: Je ne sais pas sinon… Ce sont des rencontres, moi j’aime bien manger et j’aime bien les restaurateurs ou les gens qui aiment le vin. Et par exemple quelqu’un comme Yves Camdeborde, c’est quelqu’un qui, quand tu le rencontres, donne envie… Des gens qui donnent envie comme d’ailleurs Albarn doit donner envie à des cuistos… Enfin tout ça pour le coup c’est transversal. Moi je suis sensible aux cuistos, aux gens qui tiennent des endroits… Je pourrais en citer… Les Enfants Rouges à Paris par exemple, il faut y aller ! J’aime bien ces rencontres là, ces personnages là qui mixent et qui travaillent une autre matière que la nôtre, ça m’inspire.

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Je vous ai déjà vu à La Rochelle, et j’ai trouvé le côté visuel du concert très développé, j’ai adoré la scénographie, surtout le travail sur les lumières. Comment vous avez travaillé ça?
Gaëtan: C’est Bouchon, notre régisseur, tu le connais un petit peu, il est très investi dans ce que peut être la tournée que ce soit l’aspect technique mais aussi l’aspect visuel. Enfin là il l’est sur celle là, moi je l’avais déjà croisé à titre personnel sur des projets avant… Et avec Vince, la personne qui fait les lumières sur la tournée, on avait différentes idées… A un moment avec Robin, on se disait qu’on pourrait travailler avec Jef Aérosol, on a essayé des choses, pensé des choses… Ca ne fonctionnait pas, on a pensé à de la vidéo… Visuellement, en terme de décors, ce qu’on souhaitait aurait été super mais on n’est pas allé vers ça, donc on n’a pas poursuivi le travail avec Jef alors qu’on aurait pu mais ce n’est pas grave, on a fait autrement. On n’a pas mis de vidéo parce qu’une fois que tu as le support vidéo, qu’est-ce que tu racontes ? Aujourd’hui c’est tellement pointu partout que si tu n’as rien à raconter… Et là on s’est aperçus que nous on passerait par autre chose, et cette autre chose en fait c’est d’incarner notre musique. C’est pas pour autant qu’il faut être à la traine et faire un concert aux lumières blanches point barre… Donc là, Bouchon et Vince nous ont proposé des supports et une manière qui nous plait à nous. Moi il y a deux choses qui me plaisent, c’est qu’on voit la machinerie, on voit les câbles et tout, c’est super ! Et on est perdus dans l’espace régulièrement. C’est deux manières d’être à la fois au service du fait que ce sont des gens qui jouent et qu’on a décidé que c’est ça qu’on voulait voir, on peut aller à l’inverse dès fois, et d’être un petit peu perdu, mystérieux… Je crois que c’est là qu’on se retrouve tous les trois, dans ce que ça peut raconter…

Vous faites l’Olympia et le Zénith à la rentrée… Quels sont les projets pour la suite ?
Gaëtan: Ben on va mettre de la vidéo partout !

Ben non! Sinon je ne viendrais plus vous voir! Je n’aime pas les concerts avec plein de vidéo, je trouve que ça capte trop l’attention des spectateurs sur les écrans plutôt que sur la scène…
Robin:
Ca dépend…
Gaëtan: Tu ne peux pas dire ça! Il faut que ça soit réussi… Nine Inch Nails par exemple ! Quand c’est pensé, quand c’est au service de ce que tu veux raconter ça peut être hyper beau ! 
Robin: Ou Depeche Mode, je me souviens sur une grande scène en Suisse, à Nyon au Paléo, il y avait un énorme requin derrière eux qui nageait c’était mortel mais ensuite il faut savoir aussi, dans le même concert, s’en passer.
Arnaud: Même U2…
Gaëtan: U2 leur dernier concert est dément. Nous on a une année complètement consacrée à Louise Attaque et aux concerts, donc on va jusqu’à fin octobre. On se lève le matin, on sait ce qu’on a à faire. C’est précis.

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