The Shoes

Interview par Anne-Cécile L.
Crédit Photos: Lcdpix

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Jeudi dernier lors de leur passage à Brest et une semaine tout pile après leur Olympia complètement fou, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Benjamin Lebeau et Guillaume Brière, alias The Shoes pour leur poser quelques questions…

Malgré votre très long voyage, est-ce que vous êtes contents d’être à Brest ce soir?
Guillaume: Ben oui ! Ben on est contents d’être arrivés déjà !

Benjamin: Ouais, c’est ce qu’il y a de positif avec les longs trajets… C’est que t’es content d’être arrivé !
Guillaume: Et puis surtout c’est le premier concert qu’on fait après notre Olympia qu’on a du reporter… Ca a été toute une affaire assez pénible compte tenu des événements qui s’étaient passés au Bataclan… Nous on était programmés le 18 novembre…
Benjamin: On a décidé nous-mêmes de reporter cette date, ça n’a pas été facile de prendre cette décision mais on voulait faire quelque chose de très festif. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait mais la date à laquelle c’était programmé la première fois n’était pas très adaptée…
Guillaume: On avait envie que les gens se lâchent et kiffent, on aurait eu l’impression d’être inadaptés juste quelques jours après les attentats… C’était encore présent dans tous les esprits. Beaucoup de gens ne seraient pas venus et on les comprend. Peut-être que moi je ne serais même pas venu, enfin pas à mon concert mais…
Benjamin: Tu m’aurais foutu dans la merde quand même ! En tout cas on a fait un bel Olympia, donc oui on est très contents d’être ici puisque c’est la date qui suit. On est tout excités, sur une bonne vague.
Guillaume: On est un peu sur un rythme positif, l’Olympia ça a été vraiment cool, très joyeux. Ce que j’ai aimé c’est que c’était festif sans être du ska festif.
Benjamin: En fait, en vrai, quand on l’a préparé on a eu peur, vraiment, d’être sur le fil du rasoir, que ça en devienne un petit peu trop la Foire du Trône. Je suis vraiment content de ce concert, parce qu’au delà de la musique, les gens avaient la banane… Tu vois, on parlait des attentats, c’est assez récent et là, pour la première fois, j’ai l’impression que plein de gens se sont éclatés donc moi je suis vraiment très très content de ça.
Guillaume: C’est extrêmement prétentieux si on interprète mal, mais c’était un peu un retour à la fête. On a eu une période, suite aux attentats, où on a été assez déprimés, on n’était pas bien, comme beaucoup de gens évidemment dans l’industrie musicale et même plus… On connait tous quelqu’un qui a été soit victime, soit blessé… Donc ça a été une période très sombre quand même et là c’était le moment on s’est dit « Allez on reprend du poil de la bête et on s’amuse ! » C’est un peu prétentieux parce qu’on ne symbolise rien du tout, mais il y avait un truc, une envie, chez nous, de revenir à quelque chose de positif.
Benjamin: Le vrai truc qui m’a vraiment touché par dessus tout c’est que j’ai un très bon pote à moi qui était au Bataclan, qui a passé deux heures cloitré, dans des conditions atroces… Et là, c’était le premier concert qu’il faisait depuis, il est entré par les loges, il faisait attention, tout ça… Mais après il m’a dit « Putain merci ! Merci les gars ! »
Guillaume: Donc pour nous, il y a quand même une symbolique. On est galvanisés par cet Olympia, on est très contents de venir jouer ici et on a envie de le refaire !
Benjamin: On a envie de foutre le bordel ce soir un peu !

Question qui n’a rien à voir, mais comment définiriez-vous votre musique, parce que personnellement je n’arrive pas trop à la « définir »?
Benjamin:
On nous pose souvent cette question là, et nous non plus on ne peut pas vraiment la définir parce que ça été longtemps le problème… Nous on écoute beaucoup beaucoup de musique différente, on a toujours envie de faire dans un style ou dans un autre… Et donc notre style c’est de mélanger tout ce qu’on aime et d’arriver, j’espère, à faire un liant entre plein de styles différents. Donc notre style c’est un non style.
Guillaume: Ouais, comme je dis souvent notre style c’est de ne pas en avoir. C’est à dire que si demain nous prend l’envie de faire un morceau zouk, on va faire un morceau zouk en essayant d’avoir une écriture pop qui nous caractérise.
Benjamin: D’ailleurs on dit souvent ça qu’on fera un morceau zouk en interview… On l’a jamais fait, faudrait le faire quand même !
Guillaume: Zouk ou raggae! Peut-être que notre style c’est l’incohérence. Oui c’est l’incohérence!
Benjamin: Ouais, c’est la première fois qu’on le définit comme ça.
Guillaume: Et y a pas longtemps quelqu’un nous a dit ça « Vous êtes incohérents », je lui ai répondu « C’est mon style connard ! »

Je vous écoute depuis pas mal de temps, depuis The Film, et selon moi vous étiez plus rock à l’époque et aujourd’hui plus électro… C’est un truc qui s’est imposé à vous, ou c’est vous qui avez voulu changer?
Benjamin: Tout ça ça rejoint la question que tu nous posais avant, c’est qu’on ne s’est pas mis à écouter de l’électro d’un coup et on a fait The Shoes… On a toujours tout écouté à peu près au même moment. On a commencé un peu par le punk et puis après il y a eu tout le home studio, Guillaume était à fond dans le Hip Hop, moi un peu dans l’Electronica. Après on est repassés à d’autres styles. Avec The Film, c’était compliqué, avec les gens avec qui on travaillait, c’était pas un environnement très agréable…
Guillaume: Et puis je pense qu’on n’était pas assez bons… C’était le début de plein de choses, quand on est arrivés… A l’époque, c’était la mode des baby rockers… Déjà on était trop vieux pour être des baby rockers, on travaillait d’une manière différente…
Benjamin: Et puis on était pas de Paris.
Guillaume: Mais le côté rock dont tu parles, si tu nous as vu sur scène avec The Shoes, il y a des fois où on l’exprime, où on le ressort. Le naturel revient à un moment… Peut-être que le prochain album de The Shoes ça sera avec des guitares… On ne s’interdit rien du tout!
Benjamin: C’est ça qui est bien, c’est qu’avec The Film, on voyait ça comme un groupe de glam-rock, et là avec The Shoes, on peut tout faire! On peut effectivement peut-être faire un disque à la Neil Young. « A là » je dis bien!
Guillaume: Oui, toute modestie gardée !

Depuis Crack My Bones, vos clips sont très travaillés, certains ressemblent à de vrais courts-métrages. Comme je vous le disais l’autre jour, celui de Stay The Same m’a beaucoup fait penser au film This Is England de Shane Meadows, d’ailleurs Johnny Harris joue et dans votre clip et dans le film… Quelle place vous accordez à l’image/au visuel dans votre univers que ce soit pour vos pochettes, pour vos clips?
Guillaume: Je vais être très clair là dessus, on y accorde une très grande importance mais le mérite ne nous revient pas à nous. C’est notre manager, qui s’appelle Pierre Le Ny, qui est quelqu’un qui a des goûts très surs, qui est très érudit en matière d’image, de design, d’art contemporain, de vidéo…

Benjamin: On l’a suivi dans ses idées puisqu’il a très vite compris qui on était. Tous les clips collent vraiment à ce qu’on est réellement. C’est comme un troisième membre du groupe.
Guillaume: On lui fait une confiance aveugle, à part évidemment s’il y a un truc qu’il nous propose et qu’on n’aime pas du tout, mais ça n’est jamais arrivé. Il a tout de suite compris ce qu’on voulait véhiculer dans notre musique, et donc il faut bien lui rendre ça. Nous, on n’y est pas pour grand chose. Evidemment, ça nous tient à cœur de faire ça, mais il y a des mecs avec qui on a bossé, comme Woodkid par exemple qui est capable de faire de la musique, de chanter, d’être réalisateur, de faire de la 3D, nous non. Nous notre truc c’est de faire de la musique. Avec Pierre Le Ny on a trouvé un allié avec qui, visiblement, ça fonctionne. Comme nous on est assez dingues, assez punks, il se permet tout. Il peut aller dans tous les sens.
Benjamin: T’as vu le clip qu’on vient de sortir à l’instant ?
Guillaume: Tu vois là c’est un truc qu’on n’a jamais fait encore mais qui est complètement gogol.
Benjamin: On sort notre album et quatre mois plus tard on sort un morceau qui n’est pas dessus qui est très rock avec pas mal de guitares… Et là, par exemple, c’est notre influence Sonic Youth, entre autres.

Et est-ce que, justement, vous vous intégrez dans l’écriture ou la réalisation de vos clips ou au contraire vous laissez carte blanche aux réalisateurs?
Benjamin: Non, franchement, on leur laisse totale carte blanche ! Bien sûr, si on nous montrait un clip qu’on n’aime pas, on le dirait mais ça n’est jamais arrivé parce qu’avec les gens avec qui on travaille, on est sur la même longueur d’onde.

Guillaume: Très honnêtement, on a une chance inestimable de travailler avec, selon moi, les meilleurs réalisateurs. On a travaillé avec Yoann LeMoine (Woodkid), avec Daniel Wolf, là on travaille avec Emile Sornin, Karim Huu Do… Que des gens, des réalisateurs dont on respecte infiniment le travail. Pour nous ça serait tellement déplacé de lui dire « Non tu devrais peut-être faire comme çi, comme ça », autant que ça serait déplacé si lui arrivait dans le studio et qu’il nous disait « Tiens là fait un mi majeur, plutôt qu’un mi mineur ». Et on adore déléguer.
Benjamin: En même temps, s’il y avait quelque chose qui ne nous plaisait vraiment pas, on ne dirait pas rien par politesse mais on a de la chance, c’est parfait.
Guillaume: Non mais Benj, pour être très honnête, parfois ça nous est déjà arrivé… La première fois où je regarde un de nos clip, c’est très rare que je me dise « C’est génial, c’est trop bien ! » C’est ta musique, et d’un seul coup on te livre quelque chose… Il me faut un petit peu de temps pour m’acclimater et chercher ce que l’artiste a essayé de véhiculer dans le clip.
Benjamin: Surtout sur les premiers clips qu’on a fait, sur Stay The Same par exemple, je m’en rappelle… Ce morceau on l’avait en tête, et quand le clip est arrivé, on ne s’est pas rendus compte tout de suite… Et puis même à un moment, on s’est appelé avec Guillaume et on s’est dit que le clip était mieux que la chanson. On a mis du temps mais c’était une première expérience. Et maintenant on sait comment aborder la nouveauté quand il y a un truc qui arrive tout frais comme ça. On sait qu’il faut prendre un peu de recul mais c’est vrai qu’au début c’était pas forcément évident .
Guillaume: La globalité assez incohérente de notre travail, je vais pas dire notre œuvre parce que c’est super prétentieux…
Benjamin: Attends j’ai dit qu’on allait faire un disque comme Neil Young donc on peut dire notre œuvre !
Guillaume: La globalité est super incohérente mais c’est ce qui nous intéresse, et je pense que c’est ce qui fait notre particularité. On n’a pas fait deux clips qui se ressemblaient. Et on n’a pas fait deux chansons qui se ressemblaient, je pense. Parfois ça nous pose problème parce que les gens ont peut-être du mal à s’attacher. Tu vois les White Stripes, c’est le premier exemple qui me vient, c’est le même son tout le temps et chaque chanson est plus géniale que l’autre.
Benjamin: Elles sont cohérentes et dans la même veine, nous ça ne l’est jamais. Mais on s’en fout maintenant.
Guillaume: C’est assez complexe, mais oui on a décidé de s’en foutre parce que c’est trop tard !

Et plus largement, quel est votre rapport au cinéma ? Quels sont vos films préférés par exemple ?
Benjamin: Guillaume croit tout le temps que je suis un gros cinéphile…

Guillaume: Non, non, c’est que moi je suis tellement inculte en matière de cinéma… Lui, il a acheté quatre DVDs, pour moi c’est Coppola le mec !
Benjamin: Maintenant j’ai du mal à parler de ce film là parce que ça fait cliché, mais en fait c’est pas cliché… Un film qui a changé ma vie, réellement, c’est Phantom of the Paradise… Je l’ai vu à quatorze ans, en rentrant chez moi après une répète, sur Arte. C’est un film glam-rock. Sinon c’est plus les films de Spike Jonze ou Macadam Cowboy, une belle histoire d’amitié.
Guillaume: Moi je dirais que c’est Full Metal Jacket, Les Valseuses.
Benjamin: Ah ouais, Les Valseuses et Buffet froid aussi!
Guillaume: En fait je suis tellement un féru de bandes dessinées que je n’ai pas le temps pour le cinéma. Je lis énormément de bandes dessinées.

Et tes bandes dessinées cultes, c’est quoi ?
Guillaume: J’ai découvert une nouvelle série, un manga qui s’appelle Last Hero, je te jure que j’ai pleuré en le lisant tellement j’ai trouvé ça exceptionnel. Sinon un classique… Naruto, que j’adore! Et puis je suis un gros fan de Marvel aussi, et j’achète tout ce qui sort sur Deadpool. Je ne suis pas du tout dans la bande dessinée, je suis dans l’entertainment. J’aime bien le Manga, le Comics… Je ne suis peut-être pas assez vieux pour l’instant pour m’intéresser à des bandes dessinées d’adulte. J’aime bien ce côté régressif où je me réfugie dans un petit truc adolescent. Et aussi Sangsues, qui est un manga exceptionnel, en cinq tomes donc pour les gens qui veulent se lancer dans le manga c’est bien, parce qu’en général t’es sur du cinquante tomes qui te coutent la peau du cul… Donc il faut lire Sangsues!

Comme je vous l’ai dit, je vous connais depuis The Film, grâce à Gaëtan Roussel aussi… Grâce à sa chanson DYWD, qui est une de mes chansons préférées, que vous avez remixé et qui est d’ailleurs le nom de ce blog… Mais je vous connais surtout grâce à Time To Dance qui, pour des raisons personnelles, m’a vraiment marquée. C‘est une de mes chansons cultes, dans le sens où ça m’a donné envie d’aller de l’avant. C’est une de ces chansons qui me donne envie de faire plein de choses et ce blog est né d’une histoire comme ça. Vous faites en quelque sorte partie de mes héros. Du coup, je me demandais s’il y avait des chansons qui vous avaient marqué, peut-être pas autant, mais des chansons ou des groupes qui sont cultes pour vous ?
Benjamin: C’est pas souvent qu’on nous dit des trucs comme ça et ça me touche beaucoup ce que tu dis. Ce qu’on te disait pour l’Olympia, quand on disait qu’on a essayé de donner du plaisir, ben cette chanson c’est peut-être pas notre chanson préférée mais c’est une chanson de bonne humeur, de rage et si ça t’a donné ça, c’est le meilleur truc qu’on puisse faire. Des chansons, des groupes, oui, on en a aussi, nous c’est plus The Cure…
Guillaume: Moi dans mon adolescence c’était Radiohead – The Bends et Pablo Honey, tu sais ce moment où t’es adolescent, t’es amoureux d’une meuf qui n’en a rien à foutre de toi… Et toi tu te trouves trop gros, trop moche et puis tu te dis qu’un jour t’auras ta revanche et le soir t’écoute ça, et tu pleures… Il y a aussi Tindersticks.
Benjamin: Spain aussi… Pour moi, Melody Nelson de Gainsbourg.
Guillaume: Lunatic, Le Crime Paie. C’est le premier morceau que Booba a sorti. C’est un morceau qui a vraiment marqué mon adolescence.
Benjamin: On va s’arrêter Guillaume parce que…
Guillaume: Non mais c’est là que je me rends compte qu’on est plein de contradictions… Je suis en train de te dire que d’un côte je pleurais parce qu’il y avait une meuf qui ne m’aimait pas et j’écoutais Radiohead et d’un autre côté, j’avais un survêt Lacoste et j’écoutais Lunatic. Tu te rends compte que c’est un petit peu complexe et un petit peu bizarre. C’est une psychanalyse là ou quoi ?!
Benjamin: Et pourquoi Time To Dance ? Parce que c’est pas un morceau d’émotions…

C’est le refrain, les paroles, la musique, je peux être dans mon lit « au bout de ma vie » et puis je l’entends et c’est parti, ça me donne envie de réaliser plein de choses, de tout défoncer !
Benjamin: Putain, tu vois, pour nous c’est banco ça !
Guillaume: Moi quand je suis dans mon lit « au bout de ma vie », je prends un xanax.
Benjamin: Moi quand je suis dans mon lit « au bout de ma vie », je regarde Faites Entrer L’Accusé… T’y crois ou pas ? C’est tellement glauque que tu te dis « Oh, ça va quand même! »
Guillaume: Et il ne déconne pas !
Benjamin: Mon but dans la vie c’est pas une Victoire de la Musique, un Golden Globe ou n’importe quoi, moi c’est de faire la musique de Faites Entrer L’Accusé !
Guillaume: Elle est bien la musique de Faites Entrer L’Accusé !
Benjamin: D’ailleurs le jour où je fais ça, après tout le monde doit me vouvoyer !

Un morceau zouk, pour faites entrer l’accusé !?

Et de la même manière est-ce qu’il y a des concerts qui vous ont marqués ?
Benjamin: Ben moi je crois que l’Olympia c’était mon concert préféré. Après on en a fait tellement ensemble, c’est dur… Ah oui, il y a un concert qu’on a fait, avec The Film justement, dont je me rappelle… On jouait au Truskel, le bistrot à Paris, il y avait nous deux, un batteur et un saxophoniste, qui était plus âgé que nous. C’était un petit pub, donc t’avais pas beaucoup de sono et l’autre soufflait dans son sax comme un maboul. Il est tombé dans les pommes en plein morceau, sur la batterie, la batterie qui s’est éclatée sur ma gueule, qui est tombée sur l’ampli.
Guillaume: Et puis à l’époque il pesait au moins 110 kg ! Ca a fait un séisme de 8 sur l’échelle de Richter !
Benjamin: Donc je me rappelle de ce truc là, c’était drôle, on continuait à jouer alors que l’autre il était à moitié crevé par terre !
Guillaume: Non c’est vrai que c’était bien ! Et en plus on ne l’aimait pas trop donc on était contents !

Perso je ne vous ai vu que deux fois, à La Cigale en 2012 et à l’Olympia jeudi dernier… Sur ces deux dates vous aviez pas mal de guests, vous avez beaucoup changé vos sets pour ces dates en comparaison à un concert comme ce soir par exemple?
Benjamin: Oui quand même, mais pas tant que ça non plus. C’est à dire que sur notre premier disque notre point faible c’était sur les voix, on interprétait les morceaux mais t’avais un peu de magouilles, des backing-vocaux derrière. Là, sur le deuxième disque, on a beaucoup travaillé donc on peut faire la plupart des morceaux sans guests vocalement. Par exemple, notre morceau Submarine, on ne peut pas le faire sans guests alors que le reste si. Donc oui ça change.

Guillaume: Même si à la voix des fois ce n’est pas parfait, on compense avec de l’énergie, en incarnant le truc. Je pense que les gens comprennent. Après pour l’Olympia par exemple, je trouve que quelqu’un qui fait la démarche de venir nous voir, qui paye sa place 35 euros… C’est très cher, c’est pas nous qui décidons du prix… Je me dis que le mec, on se doit de lui amener un petit plus, notamment la présence de Woodkid, ça a été génial, les gens ont vraiment aimé! Avoir des invités, des petites choses en plus, je trouve ça normal. Ce qui est intéressant, quand tu fais une grosse date comme l’Olympia, c’est que tu as une base de travail qui est faite. Ce soir, par exemple, on va jouer des choses qu’on ne joue pas d’habitude en tournée parce que depuis l’Olympia on les a travaillées et on s’est dit « Putain ça marche bien ! » Du coup à chaque step que tu fais, quand tu fais un grand concert, dans la tournée qui suit tu incorpores ces choses que tu as inventé/imaginé pour des concerts un peu exceptionnels comme ça. L’Olympia, ça fait un peu vieux jeu de dire ça mais, ça veut dire quelque chose.
Benjamin: Ca veut dire quelque chose, même s’il y a des salles plus grandes à Paris. C’est même pas la taille, c’est le symbole.
Guillaume: T’as les lettres, tout ça… Donc oui, on a travaillé en plus, mais ce soir on va refaire des choses qu’on a fait à l’Olympia juste par plaisir, parce qu’on a vu que ça marchait.

Vous avez gardé le morceau Time To Dance x Let’s Dance en hommage à David Bowie ?
Guillaume: Oui ! C’est un petit hommage sympa. Tout le monde a fait des hommages à Bowie dans les concerts…
Benjamin: Nous on voulait faire un truc marrant et surtout fulgurant, speed…
Guillaume: Et pas dans le pathos !
Benjamin: C’est pas long. Et puis bon, je veux pas dire qu’on est légitimes ou quoi mais Bowie c’est tout ce qu’on aime. Donc là oui, on va le refaire, et puis d’ailleurs on pourrait le refaire tout le temps, c’est pas parce qu’il est mort…
Guillaume: Enfin bon dans deux ans, on sera passé à autre chose. Y aura Johnny qui sera mort d’ici là…
Benjamin: Si Johnny crève, on va lui faire un petit cocktail aussi!
Guillaume: Moi j’aime bien Johnny Hallyday. J’aime bien Johnny parce que c’est la France, et j’aime bien la France.
Benjamin: Enfin toi t’aimes bien comme il se sape !
Guillaume: J’ai beaucoup de tendresse pour les fans de Johnny, mon cousin s’appelle Johnny par exemple parce que son père est fan. C’est quelque chose qui nous représente, quelque chose qu’on peut aimer ou ne pas aimer mais c’est notre patrimoine populaire. J’aime pas les gens qui crachent sur Johnny Hallyday. Je l’aime beaucoup. C’est tout.
Benjamin: T’as vu que d’une question sur David Bowie, on finit sur Johnny Hallyday !

Merci à Hugo pour la vidéo!

Depuis la tournée de Crack My Bones vous semblez avoir pas mal développé le côté visuel sur scène, non ?
Benjamin: Oui, avant on ne s’était pas trop attardé là dessus, c’est un peu exagéré ce que je dis mais on jouait un peu sur une table de camping. Ca tenait avec deux bouts de ficelle mais c’était très bien comme ça.
Guillaume: C’était très punk dans l’approche. Je pense, enfin j’espère, qu’on a vachement progressé entre les deux tournées, on joue plus « pour de vrai ». Pour les groupes électro qui jouent sur scène, c’est toujours assez difficile de faire la part des choses entre ce que tu joues et ce qu’il y a dans l’ordinateur/les machines. On a trouvé une bonne formule là.
Benjamin: Et on la développe de plus en plus, comme par exemple pour les promos télé quand on joue Submarine, il n’y a pas du tout d’ordinateur, par contre on a besoin des Mystery Jets. Et là, sur tout notre live maintenant c’est beaucoup plus joué comme un groupe de rock. On s’amuse plus.
Guillaume: Mais ça nous a pris du temps. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’artistes électro qu’on adore qui ont parfois un peu de mal à incarner leur musique sur scène. Soit tu fais un DJ Set, soit tu ramènes des machines, mais dès qu’il y a de la voix, de l’écriture un peu pop, il faut qu’il y ait quelqu’un qui chante et c’est assez difficile. On ne voulait surtout pas jouer de la musique avec une voix préenregistrée. On le fait avec les défauts que ça a, parce que ce n’est pas parfait, on n’est pas encore super bons, mais on voulait absolument s’engager physiquement pour ce live.

Y aura des poulets sur scène ce soir ou pas?
Guillaume: Des poulets rôtis, précuits qu’on balance comme ça…
Benjamin: Et ben non… On voulait, mais notre tour manager qui s’appelle Thibaut Jamin, qui d’habitude est bon, a oublié d’aller prendre les masques qu’on avait acheté pour l’Olympia… Ca coute cher ces masques à la con !
Guillaume: T’en peux plus d’avoir acheté ça! A l’Olympia, sur scène, je prends un masque, je le jette dans le public, il vient me voir et il me dit « Eh dis donc, ça m’a coûté 20 balles ! »
Benjamin: Ca, ça c’est complètement faux !!
Guillaume: C’est la vérité !!
Benjamin: C’est complètement faux !! D’ailleurs qui c’est qui l’a pris ce masque de poulet ?!
Guillaume: Il faut le retrouver !!

Tu veux qu’on poste un message ?
Benjamin: Oui vas-y ! Rendez-nous notre masque de poulet! Ca coûte 20 balles ! Je l’ai dit à Guillaume le soir même ! Donc non, y aura pas de poulets… Par contre tu peux nous faire des masques ! On peut en fabriquer !

Encore une question qui n’a rien à voir. Vous êtes un des rares groupes à avoir un rapport privilégié avec vos fans, via les réseaux sociaux notamment, j’en suis la preuve… C’est important pour vous d’avoir un retour direct? D’avoir un contact avec votre public?
Benjamin: Je vais laisser Guillaume répondre parce que moi je ne m’en occupe pas du tout.
Guillaume: Il en est encore au minitel, plus ou moins.
Benjamin: Les réseaux sociaux pour moi c’est les bistrots, je préfère…
Guillaume: Moi ça me paraît naturel, après je respecte les deux points de vue. Il y a des mecs qu’on admire beaucoup comme Gesaffelstein ou comme SebastiAn, qui sont des gens très mystérieux, qui n’ont pas de réseaux sociaux, pas beaucoup de photos d’eux… Pour moi, il y a deux façons d’aborder les choses, soit t’embrasses complètement cette façon de communiquer avec les fans, ce qu’on fait, ou soit tu entretiens un mystère. Nous on n’a ni le charisme, ni l’envie pour ça. SebastiAn, c’est une de nos idoles, on est devenus copains avec lui, mais essaie de le contacter sur internet, ça va être difficile. Envoie un pigeon voyageur, t’as plus de chances honnêtement.

Last question… Ca vous fait quoi d’être nommés aux Victoires de la Musique ?
Benjamin & Guillaume: Ca nous fait plaisir !
Benjamin: Ca nous fait plaisir parce qu’on est sur un label indépendant et on sait qu’il n’y a pas trop de place pour les groupes sur les labels indés. Donc on est très très contents ! Et puis on s’en fout, on en a déjà eu des Victoires… Avec Gaëtan! Nous ce qui nous intéresse c’est les bibelots, c’est la déco, pour foutre ça sur ta commode… Ca fait beau, ça en jette, ça brille et tout !
Guillaume: Non mais Gainsbourg par exemple il adorait les récompense. Il aimait gagner et ne s’en est jamais caché. Je n’aime pas, et je le dis, l’attitude des artistes qui te disent qu’ils font de la musique pour l’art… Non ça te fait plaisir quand quelqu’un reconnaît ton travail. Ca fait plaisir de faire plaisir à ta grand-mère!
Benjamin: Ce que j’aimerais moi, c’est de faire les Victoires de la Musique à la manière de Geneviève de Fontenay… Il faudrait faire des vraies Victoires de la Musique, où des vrais gens votent, où il n’y a pas des majors qui ont plus de pouvoir… Ca n’existe pas parce qu’il n’y aurait pas assez d’audimat certainement.
Guillaume: Non, c’est pas ça, c’est juste que c’est un système qui existe et moi je suis très flatté qu’on soit nommés.
Benjamin: Ah mais oui ! Même si on n’y croit pas trop…
Guillaume: Honnêtement je suis très fier. Moi je préfère gagner, mais déjà d’être nommés en tant qu’artiste sur un label indépendant je trouve ça très bien. Ce n’est pas de la langue de bois, c’est sincère ! Et en plus comme je te disais, ça fait plaisir à ma mère, à ma grand-mère, donc je suis très content ! Mais j’aimerais bien qu’on gagne !

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Crédit Photo: Lcdpix

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